La restauration est à l'arrêt en Mayenne comme dans tout le pays. Depuis près de deux semaines, les restaurants sont fermés. Jour après jour, les pertes financières s'accentuent. L'incertitude et la peur avec.
"Samedi soir (ndr : le 14 mars), lors de l'annonce de la fermeture des restaurants, j'étais en plein service. Ce sont les clients qui m'ont informé de la décision. J'étais bouleversé. D'habitude je mets cinq minutes à rentrer chez moi, là j'ai mis trois quarts d'heure. Je me suis arrêté. Je ne pleure pas souvent mais j'ai craqué. J'ai eu peur de ne pas revenir, de fermer boutique. Ça ne m'était jamais arrivé en 28 ans d'exercice", confie Bertrand Boulier, gérant de La Croix Verte, hôtel-restaurant-traiteur à Neau, qui a calculé une perte d'environ 150 000 € au 15 avril.
"Je laisse la place aux traiteurs"
Certains restaurants se sont mis à la vente à emporter. Partout en Mayenne, des restaurants proposent des plats ou passent par les services de livraison comme Uber Eats.
"Je l'ai fait au début, explique Franck, gérant du restaurant l'Aromance à Laval. J'ai livré quelques plats à mes risques et périls lundi et mardi (ndr : 16 et 17 mars) car je n'ai pas le camion réfrigéré nécessaire. Une vingtaine en deux jours. J'ai pensé à Uber Eats mais pour une question de rapport de voisinage, je ne l'ai pas fait. Je laisse la place aux traiteurs qui ont plus l'habitude." Au soir de l'annonce, il avait donné ses légumes à ses clients pour ne pas gâcher.
"C'est le flou complet"
Le manque de clients pour la vente à emporter se fait sentir. Le Saint-Mathurin à Saint-Baudelle fait habituellement 40 à 50 couverts par jour, notamment pour des ouvriers et des routiers. Pour dépanner, le patron Cédric Charles a décidé de proposer des plats à emporter. Il en fait une quinzaine par jour.
Au-delà des pertes financières, l'inquiétude s'installe chez les restaurateurs. "Mes salariés sont en chômage partiel. Je me suis arrangé avec ma banque. On comprend la décision de l'État liée au confinement. La solidarité opère de tous les côtés, les assureurs sont les seuls qui ne se mobilisent pas...", s'agace Bertrand Boulier.
La partie administrative va commencer. "J'essaie de faire les papiers mais c'est le flou complet. On a une certitude : on ne prendra pas une semaine de vacances en avril", affirme le gérant de l'Aromance.
Le coup de gueule de Laurent Sonnet, traiteur
"Je suis en colère. Quand je vois le monde dans les grandes surfaces et le vide de nos magasins, en tant qu'artisan, ça fait mal. Je fais des plats cuisinés tous les matins. Je travaille avec des dates limites de consommation courte. Si je ne vends pas, l'argent part. Le chiffre d'affaires va être impacté. Tous les repas prévus sont annulés. Mais c'est normal et je ne remets pas cela en question. On nous parle de qualité. On fait des efforts. J'ai l'impression de ne pas être récompensé."
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