Quel est votre parcours professionnel ?
J’ai fais mon école d’infirmières à Mayenne. Dès la sortie, j’ai travaillé au bloc opératoire. Puis de 2009 à 2011, à Rennes, j’ai fait l’école d’infirmière de bloc. Je n’ai jamais travaillé dans un service de soins généraux sauf en tant qu’élève. Et là, ça y est, je suis lancée dans le bain d’infirmière de service. J’ai eu ma première nuit mardi (le 24 mars, NDLR), pour au moins un mois.
Est-ce compliqué de sortir de sa zone de confort ?
C’est se remettre en question, essayer de se rappeler de gestes que l’on n’a pas faits depuis quinze ans et s’adapter au dossier patient informatisé. Les infirmières de service sont formées sur deux jours pour ça, nous on a eu une heure. C’est aussi se remettre dans le soin, ce que l’on ne fait pas du tout au bloc. Ce sont deux univers opposés. Ça ajoute pas mal d’anxiété.
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Je vérifie 20 fois les prescriptions, pour être sûre que je m’occupe de la bonne personne, que je lui donne les bons médicaments, les bons dosages, au bon moment... Une infirmière qui travaille dans un service mettrait deux minutes à faire ce que je fais, moi j’en prends dix : ce n’est pas grave, j’essaye de m’adapter.
« Une capacité de 14 patients »
En quoi consiste votre travail aujourd'hui ?
Je prends soin des patients suspectés d’être atteints par le Covid, en attente des résultats de test. Je dois m’adapter au patient : certains sont dépendants, d’autres autonomes. Je fais aussi le nursing habituel (toilette, changes...), je donne les repas. Cela en prenant des précautions en plus. On entre dans une chambre en ayant le masque, les lunettes, les gants, la charlotte, le tablier en plastique qui nous protègent.
Combien de patients sont concernés ?
L’unité Covid a été ouverte spécialement pour ces patients à la place du service ambulatoire. Les premiers sont entrés durant le week-end des 21 et 22 mars. Ça va crescendo. Il y a une capacité de 14 patients. Un service de réanimation a été aménagé à Mayenne pour les malades qui auraient besoin de soins plus lourds et d’une surveillance rapprochée.
Comment réagit votre entourage face aux risques que vous encourez ?
On n’arrête pas de me dire « attention à toi ». Mon conjoint, quand je suis partie pour ma première nuit, m’a dit « je suis fier de toi »... Au quotidien, avec lui, on fait attention. Je fais à manger, je mange en face de lui car on ne peut pas non plus arrêter notre vie. Je lui ai dit que j’aurais préféré partir vivre seule dans un appartement et le laisser, lui, près de ses vaches, car il est agriculteur. Mais vivre dans la crainte, est-ce une bonne chose ? Peut-être que oui en ce moment justement pour les gens.
Et personnellement ?
Je suis volontaire pour aller au front, mais moi je veux retourner dans mon bloc opératoire, je n’attends que ça. La seule solution c’est que chacun reste chez soi.
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