« Quand on me demande combien j’ai d’enfants, je réponds deux + un », confie, apaisée, Charlotte Guillet. Une expression « douce » pour ne pas oublier le bébé qu’elle a perdu avec son conjoint Baptiste en 2015, alors qu’elle était enceinte de cinq mois.
Un premier enfant qui occupe « une place à part entière » dans cette famille, installée à Laval. "On a eu la possibilité de le voir, de lui donner un prénom et de l’inscrire dans notre livret de famille." Des démarches possibles depuis seulement une dizaine d’années, et « nécessaires » au couple pour faire son deuil.
« On a également été suivis par une psychologue spécialisée dans la maternité, explique Charlotte. Elle a été d’un grand secours pendant cette période, tout comme l’équipe de sages-femmes de la maternité de Château-Gontier. »
Un accompagnement couplé au soutien de leurs familles et amis. « On a eu la chance d’avoir un entourage exceptionnel, avec qui on a toujours pu parler très librement de cet enfant. »
"Le deuil périnatal est encore un sujet tabou"
En parler. Voilà le souhait du couple. « Le deuil périnatal est encore un sujet tabou, regrette Charlotte. Nous, on a trouvé la force et l’aide nécessaires pour être en paix mais c’est loin d’être le cas de tout le monde.
Dans beaucoup de familles, les gens pensent que les parents qui perdent un enfant ne veulent pas en parler, veulent oublier. Mais c’est un besoin viscéral d’en parler pour le faire exister, d’autant plus quand il n’y a pas de sépulture physique où on peut se recueillir. "
Un conte pour en parler avec poésie à ses deux autres enfants
« Tabou. » Le mot est posé. « Je m’en suis rendu compte assez récemment », raconte Charlotte. À l’heure de partager l’histoire familiale avec leur second fils, âgé de 3 ans et demi, les jeunes parents peinent à trouver les bons mots, les bons supports. « Il commençait à poser des questions mais il existe très peu de ressources à ce sujet », explique Charlotte.
La professeure d’arts plastiques, originaire du Sud-Mayenne, s’engage donc dans l’écriture et l’illustration d’un conte, destiné à son fils et plus tard à sa fille âgée de 1 an, pour leur parler de ce grand frère. Un « roi du silence », qui renaît sous sa plume et celle de l’aquarelliste Constance Boulay, pour la mise en couleurs, pendant le confinement.
« J’ai choisi ce titre car lorsqu’on joue au roi du silence, on communique quand même, de façon symbolique », explique Charlotte, qui évoque aussi « le silence pesant » qui l’a envahi en accouchant de ce premier bébé. « Il n’a pas crié. J’en ai pris conscience à la naissance de mon deuxième enfant. »
"Ce n'est pas un témoignage"
Mais l’auteure prévient : « Ce livre n’est pas un témoignage, mais plutôt un conte inspiré de notre histoire. L’objectif était de trouver une manière simple et poétique de parler de la perte d’un enfant à d’autres enfants. » Un livre intimiste donc et un « exutoire » qui dépasse largement le cercle familial. « En parlant de mon livre je me suis rendu compte que beaucoup de gens avaient vécu la même épreuve, souvent dans le secret », se souvient Charlotte.
Elle décide alors de lancer une campagne de financement participatif il y a un mois pour le faire imprimer à plus grande échelle. « Je me suis dit qu’il pourrait servir de support à d’autres familles car je l’ai écrit pour les enfants mais il s’adresse aussi aux adultes », confie-t-elle. En 24 heures, l’objectif de 2 000 € est atteint. Aujourd’hui, la campagne Ulule dépasse les 3 700 €. « J’ai eu des retours de gens toute la France. »
A terme, créer une box pour les maternités
Un « beau cadeau », qu’elle aimerait conjuguer avec un autre projet. « Je voudrais créer quelque chose en lien avec les maternités. Quand on accouche, on repart avec son bébé et les bras chargés de cadeaux. Après une fausse couche, on ressort avec rien, le ventre vide », souffle-t-elle.
Son idée : créer une petite box pour les familles qui vivent ce genre de perte, avec des ressources, comme son livre. « Je serais heureuse de savoir qu’il arrive dans les mains de familles qui pourraient en avoir besoin à un moment donné. » Charlotte Guillet s’est aussi rapprochée de l’association Agapa, spécialisée dans l’accompagnement autour du deuil périnatal.
Sortie du livre : septembre 2020
Imprimé à Mayenne, Le Roi du Silence doit sortir dans le courant du mois de septembre. « C’est un projet d’équipe, avec Constance bien sûr, mais surtout avec Baptiste. Quand je lui en ai parlé, il m’a dit de foncer, sourit Charlotte, sous le regard de son mari qui a collaboré au livre d’une autre manière. « Pour l’instant c’est une surprise », lance le couple. « Ça me tenait à cœur qu’on le fasse ensemble, reprend Charlotte. Au fond, on a toujours su que de cette expérience difficile ressortirait quelque chose de positif. »
Le Roi du Silence : précommande sur Ulule jusqu’au 15 août ou par mail le.roi.du.silence.53@gmail.com
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