Daniel Moinard, le médiateur nommé en novembre 2021 par Jean Castex pour faire le point sur la situation des hôpitaux de Mayenne et de Laval, a rendu sa copie.
Ce lundi 31 janvier 2022, il a présenté le détail de son rapport à l'ensemble des acteurs concernés : directeurs d'établissements, médecins, syndicats, représentants des usagers…
Il a réaffirmé la nécessité d'un projet médical commun. Il a présenté dans ce sens "une feuille de route en six points, avec pour fil conducteur l'objectif de gagner en attractivité". Conjurant ainsi la pénurie de médecins.
"Ces difficultés ne sont pas insurmontables, assure-t-il, dans un contexte où l'hôpital est redevenu une priorité nationale."
Des équipes communes
Un nouveau directeur, Sébastien Tréguenard, a été nommé à la tête de l'hôpital de Laval en décembre 2021. Les bureaux des commissions médicales des deux établissements ont aussi été renouvelés.
Gynécologie-obstétrique, chirurgie orthopédique, chirurgie viscérale, soins critiques et d'urgence, anesthésie, cardiologie, médecine polyvalente et gériatrie sont les huit filières en question.
Le CHU d'Angers impliqué
Des équipes médicales bi-sites, composées de personnel des deux établissements : c'est ce que préconise le rapport, qui ajoute : "C'est à ce niveau que le rôle du CHU d'Angers prend tout son sens."
Daniel Moinard propose à chacun des groupes d'intégrer un médecin du CHU d'Angers, "sans qu'on puisse y voir un lien de subordination", précise-t-il dans son rapport, mais "qui pourra apporter son expertise, aider aux arbitrages, s'assurer que la filière présente tous les prérequis d'un terrain de stage pour les internes."
L'anesthésie, filière la plus sensible
Dans le Nord-Mayenne, la filière la plus sensible est l'anesthésie, dont dépendent d'autres services nommés dans le rapport : "chirurgie, gynéco-obstétrique et soins critiques".
"Dans cette situation, la règle d'or qu'est la sécurité du malade n'est pas respectée", résume le rapport. Le médiateur préconise donc que ces services soient placés "sous couverture des chefs de service" de Laval.
132 millions d'euros d'aides de l'État
Le rapport de Daniel Moinard est clair : l'hôpital de Laval est "vétuste" et "sa réhabilitation en site occupé et amianté n'est pas envisageable".
Il préconise une "reconstruction totale". L'État a déjà annoncé mettre 80 millions d'euros sur la table pour le plateau technique et les soins de longue durée - coût total : 107 millions d'euros.
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Mais ces travaux sont conditionnés à l'élaboration du projet médical commun. Le montant total de l'enveloppe s'élève à 132 millions d'euros, dont 12 millions d'euros pour achever le transfert des activités de l'ancien hôpital de Mayenne vers le nouveau.
Sébastien Tréguenard, directeur général de l'hôpital de Laval, se dit "confiant dans l'idée qu'on puisse se mettre autour de la table, avec les médecins et l'encadrement, pour concrétiser ce projet de coopération. Tout en respectant l'identité des établissements."
Même son de cloche du côté des communautés médicales d'établissement (CME).
"Des rendez-vous sont déjà pris avec les collègues élus pour établir un parcours de soins fluide, homogène et sécurisé pour les patients", annonce le docteur Magida Lignel, présidente de la CME de l'hôpital de Mayenne.
"Pas d'engagement ferme"
"Il n'est pas question de supprimer des services à l'hôpital de Mayenne", annonçait le cabinet du Premier ministre le 26 janvier 2022.
Pascal Grandet, président de l'association d'usagers Audace 53, au premier rang des mobilisations, accueille positivement cette annonce.
Mais il déplore qu'il n'y ait "pas d'engagement ferme à les maintenir tels qu'ils existent. Tout est suspendu au projet de coopération, le tout sous l'œil des médecins d'Angers."
"Je ne croirai à ce projet que quand je le verrai", estime pour sa part Frédéric Marié, secrétaire général du syndicat Force ouvrière à l'hôpital de Laval. Il décrit l'implication du CHU comme un "tutorat. Je ne suis pas sûr que le centre hospitalier garde ses prérogatives".
Il ajoute : "On parle beaucoup des médecins, mais moins du personnel paramédical, qui est aussi épuisé. Ils sont les oubliés de ces réunions."
Sébastien Lardeux, son homologue de Mayenne, ne voit "rien de transcendant" dans ces annonces. "Il y a un flou sur la notion de répartition des tâches. J'ai le sentiment que ce projet vise l'absorption de Mayenne par Laval."
Les élus demandent des mesures globales sur la démographie médicale
Les élus mayennais impliqués dans ce dossier saluent des annonces "très attendues" mais regrettent un manque de vision globale de l'État sur la question de la démographie médicale.
À l'image de Jean-Pierre Le Scornet, maire de Mayenne, qui se réjouit de l'annonce qu'il n'y aurait pas de fermeture de service. "Il n'en demeure pas moins que la question de la pénurie médicale reste le talon d'Achille du processus qui s'enclenche."
"Ces mesures ne répondent pas à la totalité de nos attentes", abonde le député Yannick Favennec, qui attend une confirmation et une augmentation des engagements financiers.
Guillaume Garot, son collègue à l'assemblée nationale, regrette aussi "que le gouvernement reste fermé à toute solution nouvelle face à la désertification médicale".
Florian Bercault, maire de Laval, salue "un geste significatif de l'État qui renforcera l'attractivité de nos hôpitaux".
Mais un geste qui "ne résoudra pas tous les problèmes qui demeurent inquiétants à court et moyen termes. C'est pourquoi la mobilisation restera forte et exigeante".
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La sénatrice Élisabeth Doineau estime que Daniel Moinard a "compris les enjeux liés à l'offre de soins et a apprécié les forces et faiblesses de notre territoire".
Elle se réjouit d'un dispositif financier "exceptionnel" et décrit l'attractivité médicale comme "une véritable compétition dans un pays ou la pénurie est la même partout".
Son collègue Guillaume Chevrollier juge que "ces premières annonces sont encourageantes" mais affirme qu'il "faudra porter la réflexion sur le terrain de la construction de nouveaux établissements".
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