Céline Maigné, procureur de la République, n’a pas manqué de le souligner : "Ça fait frémir, c’est le fonctionnement d’un tyran." Les nombreux faits reprochés à ce Mayennais de 27 ans se sont déroulés de janvier 2016 à décembre 2021 à Juvigné (Mayenne).
Durant cette période, le prévenu jugé par le tribunal de Laval ce mardi 24 mai 2022 a exercé de multiples violences physiques et psychologiques à l’encontre de ses parents, absents à l’audience. Ces derniers ont déposé plusieurs plaintes en 2018, 2019 ou encore 2021. "Vous leur avez dit que vous alliez les saigner, les brûler vifs, que vous alliez cramer la maison, débute la présidente du tribunal. Selon eux, vous avez passé votre temps à les rabaisser, à leur dire que ce ne sont que des moins que rien."
Le couteau sous la gorge car elle refuse de faire des crêpes
De plus, le père explique aux gendarmes qu’ils doivent manger dans le garage quand leur fils est présent. Parfois, ils se cachent dans le hangar. Parmi les autres épisodes, notons les menaces avec la hache à la main, le couteau sous la gorge quand sa mère refuse de faire des crêpes, le père frappé dans son lit, avec un bambou, ou serré à la gorge, l’assiette jetée à la poitrine car la viande est trop froide, les coups de poing dans les cotes…
Lors de son audition par les gendarmes, le jeune homme reconnaît les insultes et avoir bousculé son père à quelques reprises. Il dit avoir honte de ce dernier et être agacé que sa mère lui parle de ses problèmes de santé.
"Depuis son départ, nous revivons"
La présidente se questionne sur l’intérêt qu’a pu avoir le jeune homme à rester chez ses parents alors qu’il avait trouvé un travail : "C’est sûrement parce qu’ils faisaient le ménage, que votre linge était plié…", poursuit-elle.
Depuis plusieurs mois, le contrôle judiciaire interdit tout contact avec les parents. Avec le recul, le prévenu dit "regretter" ce qu’il s’est passé, mais estime ne pas avoir besoin de soins : "Mes parents par contre oui, puisqu’ils sont alcooliques."
Une enfance dans la violence
Pour Maître Robert, chargé de la défense du prévenu, "il y a dix ans, je pense que c’était lui la victime". Il fait rappeler à son client les punitions qu’il a subies durant son enfance : "Mon père me donnait des coups de poing dans la gueule. Un voisin, qui était son copain, venait me taper à sa demande." L’avocat s’étonne que la sœur du prévenu n’ait pas été entendue dans cette affaire : "Elle aussi a coupé les ponts avec ses parents. Elle aurait pu nous éclairer. Il y a forcément une explication quelque part, et on ne l’a pas."
"Il pourrait y avoir des morts"
Pour la procureur, "il a le raisonnement d’un enfant de 5 ans dans un corps d’adulte. Au moment de la révélation des faits, il a un logement depuis un mois mais est toujours chez ses parents car il aime faire respecter sa loi". La présidente du tribunal conclut : "Je pense que quand vous êtes énervé, vous pouvez être très dangereux. Je ne dis pas que votre enfance a été facile, mais réfléchissez à tout ça. Un jour ou l’autre, il pourrait y avoir des morts."
Le tribunal condamne finalement le prévenu à huit mois de prison avec sursis probatoire de trois ans (obligation de soins et interdiction de contact et de se rendre au domicile de ses parents).
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