Au début des années 1980, la petite commune d'Izé défraye la chronique. « Mitterrand et Marchais terrassés par le Christ », titre le quotidien national Libération. TF1 envoie des journalistes pour mener l'enquête.
Deux soldats romains
La cause de ce remue-ménage : un vitrail sur la Résurrection, installé dans l'église. Des personnages illustres y sont représentés : sous le regard de Jésus, deux soldats romains sont allongés. L'un a la tête du président socialiste François Mitterrand et l'autre celle de Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français.
Pour comprendre comment la petite commune a pu être le centre d'un tel affolement, il faut remonter au 13 décembre 1978. « Sur un couloir de 20 km, une tornade a tout détruit, se souvient Marc Bourges, conseiller municipal et ancien maire. Elle a détruit l'église et les grandes bâtisses de la commune. »
Beaucoup de dons
Le bâtiment clérical est alors rasé. Quelque temps auparavant, en raison de son mauvais état, il avait même fait l'objet de l'émission télévisée La Lorgnette. Le curé de l'époque, Raymond Daniel, avait alors fait part de sa volonté de récolter des dons pour améliorer l'état de l'église.
François Mitterrand représenté comme un soldat romain. - Jean-François Chesnay
Après la destruction, l'argent abonde en quantité. Avec l'excédent, le curé décide de commander un nouveau vitrail, « alors que l'ancien était encore en bon état. C'est d'ailleurs la seule chose qui l'était après la tornade », rappelle Christophe Batardy, historien, auteur du livre Le Programme commun de la gauche (1972-1977).
Une peur de la gauche
Un maître verrier, Van Guy, situé à Tours, s'y colle. L'église est reconstruite et inaugurée en 1980, mais le vitrail n'est installé qu'en 1981. À la grande surprise des paroissiens, sous le regard de Jésus, deux soldats romains avec une tête particulière : celles de François Mitterrand et de Georges Marchais. « Le curé n'était pas prévenu. Il était peut-être un peu naïf », se souvient Marc Bourges. Pour rappeler le contexte politique de l'époque, les Français viennent d'élire François Mitterrand président de la République.
Ce dernier est d'ailleurs dessiné un peu pâlot et son compère, avec un visage rouge. « L'artisan a forcé le trait, confie Christophe Batardy, qui a pu l'interroger. C'est révélateur d'une époque. Van Guy, comme beaucoup à ce moment-là, n'était pas très content de l'arrivée de la gauche au pouvoir. Il était également politisé. »
Georges Marchais, alors secrétaire générale du Parti communiste français. - Jean-François Chesnay
Plusieurs mois après l'installation du vitrail, la presse s'empare donc du sujet. Celui-ci prend de l'ampleur au niveau national. « Il y a même eu des craintes de destruction », rappelle Marc Bourges. Aujourd'hui encore, il est possible d'observer cette œuvre très politisée dans l'église d'Izé. Un doute subsiste toutefois pour l'ancien maire concernant le troisième personnage du vitrail, Jésus : « Certains disent qu'il ressemble à Giscard… » Le mystère reste entier.
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