● Pour la 3e année consécutive, vous aurez une chronique dans “le Monde". Pouvez-vous nous expliquer le fond de vos articles ?
J'apporte ma contribution sur la lecture de la course en général. J'analyse les performances des coureurs, j'observe la puissance qu'il développe. Elle s'accompagnera d'une autre chronique du coureur, Jean-Christophe Péraud (NDLR : leader de AG2R). Un cycliste qui est sûr. Je l'ai entraîné jusqu'à sa première olympiade. Il est souvent venu en Mayenne faire des tests.
● En gros, en analysant les performances, vous essayez de découvrir les activités “surhumaines"?
Avec un ingénieur, on travaille sur une base de données de 15 ans. Toutes les étapes sont décortiquées. Il existe des performances pontuelles assez étonnantes, sur le dernier Tour. Par exemple, Thomas Voeckler a gagné 8 % de capacités athlétiques, entre la première année où il a porté le Maillot Jaune et 2011. C'est phénoménal. Il a développé 410 watts (NDLR : la puissance d'un coureur se calcule en watt), contre 380 watts quelques années auparavant dans les mêmes conditions. C'est toujours étonnant de voir un coureur se bonifier avec le temps. J'observe cela. Après les cyclistes sont des grands garçons, ils savent ce qu'ils font.
● Par rapport aux autres éditions, qu'avez-vous observé sur le Tour 2011?
Il y a eu moins de performances incohérentes. Il y a un mieux. Il y a bien eu quelques aberrations, mais pas aussi flagrantes. On n'avait pas vu cela depuis 1999, le Tour d'après séisme Festina. Après, je reste méfiant, le vainqueur du Tour 99 était Armstrong.
● Le cyclisme se porterait donc mieux ?
La surveillance est accrue sur les équipes. Il y a aussi de moins en moins d'impunité. Les gens savent qu'il y a un prix à payer à la tricherie. Il peut être au niveau juridique, il est forcément au niveau de la santé. Le vélo a bien travaillé sur la lutte anti-dopage. Mais, j'ai peur qu'à l'avenir, les instances se lassent en voyant l'action d'autres sports.
● Pouvez-vous appliquer vos démonstrations à d'autres sports ?
Non, le cyclisme permet d'avoir des données. Le centre de gravité ne bouge pas. Des capteurs permettent d'enregistrer les coups de pédales. On peut travailler sur des efforts individuels, dans les cols. Mais, si quelqu'un de sérieux se penchait sur le foot, par exemple, on aurait des surprises. Le dopage ne se mesure pas que sur des contrôles. On peut aussi l'évaluer sur des évolutions morphologiques. Lorsque je vois Iniesta marquer le but de la victoire en Coupe du Monde, sans une goutte de sueur, j'ai l'impression de revoir les Tours de France de la grande époque. Le football s'est protégé de la lutte anti-dopage. Mais, aujourd'hui celui qui veut se doper dans le foot, y arrivera plus facilement que dans le vélo.
● Que pensez-vous de l'enquête sur le Team Europcar, révélée la semaine dernière ?
Sur le Tour, on avait trouvé quelques performances bizarres dans cette équipe. Mais, je trouve cela assez anecdotique.
● Que pensez-vous des coureurs du Tour 2012 ? Qui selon vous retrouvera-t-on devant ?
Les équipes anglo-saxonnes font ce que j'avais rêvé de faire chez Festina. Elles utilisent tous les moyens biomécaniques possibles. Chez Sky, ils “fartent" les combinaisons et les vélos. Ils utilisent des plateaux spécifiques, qui leur feront gagner 20 watts dans les cols. Ils utilisent au maximum la biomécanique. Ce n'est pas pour cela qu'ils n'utilisent pas le biomédical. Bradley Wiggins est très impressionnant depuis le début de la saison. Il a égalé le record de Sean Kelly sur le chrono de Paris-Nice. Sur le Dauphiné, la force collective de l'équipe m'a paru surprenante. Ils sont partis pour écraser le Tour, comme Banesto à l'époque d'Indurain. Mais, sur cette édition, les Espagnols et les Italiens sont prêts. On va assister au retour des bannis : Valverde, Petacchi, Vinokourov. La roue tourne dans le vélo (Rires).
● Quelle crédibilité accordez-vous aux performances sur le Tour de France ?
Aucune. Du point de vue sportif, il n'y a aucune crédibilité. Il faut trouver son plaisir ailleurs. Dans la dimension tactique, dans le spectacle. Un confrère m'a dit un jour : “le vélo, même avec des dopés, c'est beau “. Il a sans doute raison.
Propos recueillis par
Quentin Lanvierge
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