Vous avez réalisé un rapport sur les mineurs non accompagnés et avez interpellé le gouvernement sur ce sujet. Quelle est la situation en Mayenne ?
Leur nombre explose. En Mayenne, depuis juillet, nous recueillons deux mineurs non accompagnés par jour. En 2010, notre département a accueilli 25 mineurs non accompagnés. Fin septembre 2017, nous en sommes à 247. En octobre, nous dépasserons allègrement les 300. Cet afflux incessant met en danger notre mission de protection de l'enfance. Certains ont vécu des moments difficiles. On a assisté à des déchaînements de violences, dus à une décompensation. On risque aussi la radicalisation.
Pour quelles raisons ?
Déjà, il y a un problème d'hébergement. En Mayenne, nous avons dix sites. Ensuite, les services de la protection de l'enfance ne font que gérer le flux, ils ne peuvent plus gérer “le stock”. La Mayenne ne compte que deux juges pour enfants. Elles n'en peuvent plus.
Se pose aussi le problème du temps d'évaluation ?
Pour déterminer s'ils sont mineurs ou non, on doit les conduire devant un médecin. Ils doivent rencontrer la police aux frontières. L'Etat nous accorde 250 euros pour cinq jours d'évaluation. En Mayenne, cette évaluation demande trois semaines. On ne peut pas continuer ainsi.
Que vous répond l'Etat ?
Le Premier ministre a pris conscience du problème. Tous les départements français y font face. L'Etat devra prendre en charge l'intégralité du temps d'évaluation. Une enveloppe de 137 millions d'euros est débloquée. Le président doit faire des annonces sur le sujet au début de l'année prochaine.
Vous évoquez la présence de filière mafieuse.
On demande en priorité à l'Etat de démanteler les filières mafieuses. Elles profitent de ces mineurs. C'est une marchandisation de l'être humain. On leur interdit de reprendre contact avec leurs familles. On leur vend monts et merveilles, avant d'arriver en France. Certains mineurs arrivent en Mayenne avec le nom du travailleur social par lequel ils souhaitent être gérés. D'autres arrivent directement au conseil départemental. Ce n'est pas un hasard. Il s'agit bien d'une filière organisée et mafieuse.
Avez-vous d'autres demandes ?
On souhaite aussi la création d'une plateforme d'évaluation régionale pour une meilleure répartition des mineurs selon les départements. Elle irait plus vite. On demande aussi un fichier pour les jeunes déjà évalués. Certains sont évalués comme majeurs et tentent leur chance dans un autre département. Nous avons le cas d'un “mineur” en Normandie qui en réalité a 32 ans.
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